CRITIQUES d'ART




Fils de la lumière


Je connais depuis quelques années les tableaux de Jean-Jacques Chambry réalisés dans le Sud de la France; j'ignore ceux de sa période rouennaise. Mais je sais comme par intuition que la lumière les habite tous, une lumière toute méditerranéenne ne laissant aucune chance à l'ombre. Ces toiles sont tellement claires qu'elles me sont comme mystérieuses...

Cela voudrait dire que son installation récente près des rivages de la mer n'y aurait rien changé: la lumière hante ses compositions, comme chez d'autres le clair-obscur ou le monochrome. Il la porte déjà en lui. Elle préexiste à l'exécution de ses toiles. Elle peut être du Midi, d'Afrique, ou de n'importe quelle contrée que ce soit (si encore il existe des lieux où elle peut briller naturellement), ce serait plutôt la lumière immortelle de l'âme qui luit dans son œuvre, celle, salvatrice, qui flambe dans les icônes depuis des siècles. On est loin de noircisseurs de cathédrales qui théorisent à tout va et bénéficient aujourd'hui d'une gloire bien imméritée !

Par le choix de couleurs franches, de tons clairs, de formes simples, Chambry va vite. La vie l'impose. Mais ce n'est qu'une apparence; la patience, la pensée de la main font le reste, car elles obéissent à une autre temporalité, gisant dans le lieu le plus secret de l'artiste -- et sans nul doute, inconnu de lui.
Je peux en témoigner, car, depuis que je le connais, j'ai vu Chambry travailler inlassablement ses toiles - moi qui, absurdement, les pensais terminées - pareil à une Mère, penchée au regard d'amour sur son enfant !
"Vouloir - c'est vouloir plus grand que soi. Autrement, ça n'en vaut pas la peine", écrivait Maria Ivanovna Tsvétaëva à Boris Leonidovitch Pasternak le 5 juillet 1924. L'exigence n'est jamais chez eux, chez lui, en repos, et c'est une de raisons pour lesquelles nous leur accordons notre estime.

Certains, comme Van Gogh, ont succombé à cette lumière; lui la maitrise au prix d'une certaine sévérité de la composition: ici, un simple arbre habite le tableau, là un parasol...Pratiquement aucune représentation humaine ( à part un rare nu allongé, aperçu dans l'atelier), sauf lorsqu'elle exerce ses ravages sur les animaux comme dans les Tauromachies, dynamiques et violentes, aux combats suggestifs de noirs et de rouges -- ou la nature.
Visiblement, tout est rempli de lumière...Ici crie et s'écrit l'espoir d'un "oui" à la vie.

La peinture que nous avons sous les yeux dit aussi le désert de l'homme, qui ne pourra être sauvé que par les éléments qui l'entourent. Elle invite au recueillement, nous baignant du même coup dans un profond silence.

Le peintre ici se fait le témoin de l'essentiel, restituant ce "soleil qui poudroie" et cette "herbe qui verdoie", comme il est dit dans le conte de Perrault. Il est le gardien visionnaire de la fin d'un monde.

Texte d'Ivan Mécif (écrivain)

TAUROMACHIE




Jean-Jacques Chambry cet artiste voyageur à décidé de s'installer au Mexique après avoir passé une partie de sa vie en Afrique. Il faut avoir la bougeotte pour s'expatrier à plus de 70 ans. Mais l'esprit artiste et voyageur, entraîne souvent les êtres d'aventure, vers des horizons lointains, loin de la routine et de l'immobilisme. Avant de faire le saut de l'atlantique, il expose ses œuvres consacrées à la tauromachie à son atelier de Montpellier. C'est dans un monde flamboyant, où les pigments oranges explosent que l'artiste intègre ses personnages.
Tous les acteurs de la corrida émergent de cette avalanche de lumières. Fragments de corps, détails d'anatomie, le figuratif prend le dessus sur les fonds abstraits. Une corne, une naturelle, un picador, des banderilles, sortent de la toile, les aplats lissés orangés donnent du mouvement à l'ensemble. Deviner le reste des corps humains et animaux, pour mieux rentrer dans le geste, fait voyager dans le monde symbolique de la corrida. Tout est là, mais tout n'est pas vu, il faut s'imprégner, imaginer, écouter, communier, pour tenter de pénétrer les mystères de la tauromachie. Les premiers pas franchis il suffit de se laisser aller.

Texte de Jacques Moynier (L'Art vues)



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